V. LES SCULPTURES MOBILES

Les informations qui suivent devraient vous intéresser au plus haut point. Pour les raisons suivantes :

  • Mon travail a été remarqué par François MORELLET. Il m’a fait l’honneur de me demander mon premier mobile pour sa collection personnelle.
  • L’Ecole de Physique et de Chimie de Paris a étudié, comme sujet de thèse, et sous le patronage de son Directeur, Etienne GUYON, quelques uns de mes mouvements aléatoires. Ils ont été utiles aux réflexions qui passionnent les esprits scientifiques sur les rapports existant entre l’ordre et le désordre.
  • Enfin, je vais essayer de vous présenter simplement les étapes de mon exploration de l’univers fascinant des mouvements aléatoires. Je vous convie ainsi à un voyage au cœur de la recherche créatrice en art cinétique.

Si vous ne lisez que quelques lignes, lisez au moins celles des pages qui suivent. Vous ne devriez pas le regretter.

mobileTout commence à l’occasion d’une exposition de TINGUELY. Je suis fasciné par une de ses sculptures cinétiques dont le moteur fait tourner autour d’un axe O une manivelle OA à laquelle est suspendue la bielle AB et la bielle BC, l’extrémité C de cette dernière étant libre, comme si elle ne servait à rien. Ces deux bielles se déplacent la plupart du temps dans la zone O,D,E. Or parfois, de façon aléatoire, les bielles AB et BC font un tour complet autour du centre O. La rotation régulière du rayon OA produit aléatoirement sur AB et BC un évènement imprévisible : au lieu de ballotter dans la zone ODE, C quitte cette zone et fait un tour complet autour de O. Ce qui se passe alors est exceptionnel. Une mécanique déterminée par sa logique monotone bascule dans ce qui est le propre même de la vie : l’imprévisible !

La transmutation du régulier, mécanique, en aléatoire, vivant, me fascine !

 

 

J’étudie ce phénomène et finis par créer des constructions personnelles qui génèrent des mouvements imprévisibles.

Grâce à TINGUELY, je sais que lorsque 2 bielles sont disposées librement l’une sous l’autre, et qu’elles sont agitées par une manivelle qui tourne régulièrement, ce dispositif peut transformer le mouvement régulier de la manivelle  en un mouvement aléatoire des bielles.

 

Il s’agit maintenant de placer ce dispositif  dans une construction personnelle.

Dans un premier temps, je choisis un mobile du type de ceux créés par CALDER, mais avec des bielles qui pivotent autour de leur axe, et qui se succèdent de haut en bas, comme cela, par exemple :

mobile 2

Mais voilà, quel type d’agitateur animera les bielles ?

Je ne peux pas copier Calder et utiliser  comme lui le vent ou les courants d’air. Il faut trouver autre chose : Je n’ai pas loin à chercher : je choisis comme agitateur un moteur qui fait tourner une manivelle..

mobile 3

Il faut enfin que le mouvement tournant, régulier et prévisible de l’agitateur ait pour effet des mouvements irréguliers et imprévisibles de la construction.

Par un mystère qui est au cœur du miracle créatif, par la seule intuition, sans aucune éducation mécanique, allant du simple au complexe, de l’échec au succès, je réussis à créer des mobiles animés par des mouvements aléatoires.

 

Et là, c’est le drame ! Les mouvements aléatoires de cette construction ne produisent pas d’effet visuel intéressant ! Et pourtant certains de ses éléments ont une vitalité quasi organique ! Mais ils ne sont pas perçus comme les acteurs d’un spectacle remarquable.

 

Une fois de plus, la solution résulte d’une application du principe d’inversion : Et si ce qui est visible ne l’était plus à l’exception de certaines de ses parties ? Je décide d’éliminer du champ visuel le gros de la construction. En la peignant en noir et en coloriant certaines de ses parties de façon à ce que, elles seules, soient visibles quand elles sont éclairées avec de la lumière noire.

mobile 4

Et c’est ainsi que grâce à l’application du principe d’inversion ( stupidement trop méconnu ) s’est offerte à moi la voie royale des mouvements aléatoires et de la lumière noire. Une belle aventure démarre. Elle en générera une autre, aussi passionnante : l’invention du  » Piano à dessiner « .  Je vous les raconte dans ce qui suit.

Lisez bien, votre voyage au cœur même de la créativité continue.

MÉCANIQUE DU PREMIER MOBILE ALÉATOIRE

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RAPPEL : toute la construction est invisible en lumière noire, à l’exception de ses deux motifs colorés.

La surface de révolution des motifs colorés 1 et 2 a pour centres interdépendants : A et B, mais aussi C, sans oublier D et même E.

Par ailleurs, et très aléatoirement, il arrive que le balancier qui dépend de F impose une rotation de D autour du centre E… ce qui déplace les centres A, B et  C … et les bielles qui dépendent d’eux.

Ainsi, la surface de révolution des éléments mobiles de la construction, et donc de ses deux éléments colorés, est vaste, et le spectacle, infiniment varié.

Le paradoxe scientifique de mes mobiles

Leurs mouvements ont ceci de remarquable qu’en principe, lorsqu’une mécanique agitée régulièrement s’emballe, elle reste emballée. Or, comme celles de TINGUELY, les miennes s’emballent et se désemballent aléatoirement. L’école de Physique et de Chimie de Paris a cherché à savoir pourquoi. Des articles dans des revues scientifiques ont fait état de ses travaux.

Autre particularité : L’irruption d’emballements qui se dénouent aléatoirement a une force expressive fantastique.

Ici se produit un évènement qui montre que, dans certaines circonstances, il est très facile, pour ne pas dire presque obligatoire, d’innover.

NOUVELLE APPLICATION DU PRINCIPE D’INVERSION

 

Et si la fin d’un processus était le début …..( air connu ! )

 

 

Regardez bien mon premier mobile.

mobile 6

Comme lui, j’ai développé mes premières animations dans un plan.

 

Alors, quelle question êtes-vous obligé(e) de vous poser quand votre parti pris est d’aller toujours plus loin, et en l’occurrence, d’aller plus loin que

 

le plan ?

 

Vous souhaitez créer des animations qui évoluent dans

 

l’espace

D’où, un nouvel univers à explorer. D’où, de nouvelles expériences passionnantes. Suivez le guide ! Sans angoisse pour le pourboire final. Il ne vous sera pas demandé.

 

DU PLAN A L’ESPACE

 

Au départ, nous avons donc une construction dont les éléments se déplacent sur un plan parallèle à celui du fond qui supporte cette construction. Comment passer du plan à l’espace ?

En suspendant le mobile à l’extrémité d’un  » bras  » qui l’éloigne du fond, ici, au point  » C  » du bras  » AC  » Une mécanique simple placée derrière le fond agite ce bras, et donc  » C « , en lui imprimant un mouvement de va et vient de gauche à droite.

 

J’ai maintenant un nouveau type d’agitateur approprié au but poursuivi.

Je suspends un mobile à  » C « .

Mais alors, si tous les axes des bielles de ce mobile sont parallèles, Les déplacements des éléments du mobile se déplacent dans un seul plan. Ce que je ne veux pas. Pour conquérir  l’espace,

les axes consécutifs ne doivent pas être parallèles.

C’est une mécanique nouvelle, originale, anti-mécanique, en quelque sorte, que je travaille pour qu’elle évolue non seulement dans l’espace mais aussi en transformant les mouvements réguliers de l’agitateur  » C  » en mouvements irréguliers et imprévisibles. Inutile de dire qu’il est encore plus difficile d’obtenir des mouvements aléatoires qui se déplacent dans l’espace que dans le plan.

Dans l’exemple présenté, la mécanique montre à l’évidence qu’il y a 3 familles de motifs de 2 éléments chacun. Chacun des éléments  » parents  » joue avec l’autre, et chaque famille joue avec l’autre famille……. dans l’espace.

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Voici l’image de la construction du mobile  » spatial  » au repos.

Lorsque la construction est invisible, vous ne voyez que ses parties colorée.

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Imaginez le spectacle offert par ces éléments lorsqu’ils jouent de façon totalement aléatoire, tantôt calmement, tantôt frénétiquement, en se rapprochant ou en s’éloignant les uns des autres, allant vers le spectateur ou le fuyant ….. Ces jeux spatiaux fascinent tout spectateur. Vous le constaterez avec la vidéo qui sera prochainement réalisée.

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Et voilà, une nouvelle aventure terminée ! Terminée….si on oublie que la fin d’une aventure peut être le début d’une autre, à la condition de se poser une question, la bonne, qui repousse toujours plus loin ses possibilités, bref, quand on considère toute fin comme un commencement. Pour savoir quelle question m’a fait basculer des mouvements aléatoires à l’invention  du Piano à Dessiner, lisez la suite.

Au début, j’étais très satisfait. Mais voilà, le spectacle de mes mobiles est comme la musique. Il est de nature séquentielle. Il s’enfuit dès qu’il apparaît. J’ai eu l’envie d’en garder la trace dans une œuvre picturale ! Ah, ces insatisfaits permanents ! J’ai  » ruminé  » mon désir de permanence sans trouver de solution.

Parallèlement, allez savoir pourquoi, il m’est revenu à l’esprit  cette pensée que depuis des siècles, on a inventé différents instruments de musique dont la mécanique est très simple, comme par exemple la flûte qui n’est qu’un sifflet soufflant dans un tube percé de trous que l’on bouche pour obtenir des notes. Alors, pourquoi, question capitale, n’a-t-on pas inventé d’instrument à dessiner avant l’ordinateur ?

Question dérivée de la première : Etait-il possible avec la mécanique du 19ème siècle d’inventer un instrument qui dessine les éléments fondamentaux du dessin, droite, cercle, ovale, grands ou petits, et qui permette de faire des compositions graphiques avec ces signes de la même façon qu’on compose de la musique en organisant ses éléments fondamentaux, les notes ?

La réponse m’a été donnée par l’observation attentive de l’agitateur de mon premier mobile aléatoire.