VI. DES MOBILES AU PIANO A DESSINER

Lorsque j’ai créé mes sculptures animées par des mouvements aléatoires, j’étais très satisfait par mon travail.

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J’interroge pourtant par principe ma sculpture pour capter les messages non encore reçus qu’elle peut m’adresser. La conclusion de mon aventure avec les mouvements aléatoires est-elle aussi le début d’une nouvelle aventure ? Je cherche donc, sans savoir quoi, en espérant trouver une nouvelle piste à explorer.  Bon, récapitulons ! L’agitateur E I est composé de  I qui oscille autour de H, fixe, et du rayon R qui tourne autour du centre O du moteur. Mon attention est assez vite attirée par les déplacements de E. Je m’étonne de cet intérêt pour un mouvement régulier alors que l’objet de ma construction est l’aléatoire ! Ma curiosité est fondée sur une raison que je ne perçois pas. Je souhaite la connaître.  J’observe ! J’insiste ! C’est tout à coup l’illumination !

 

Il trace dans sa course la forme d’un ovale. Un ovale ? Tiens, c’est un des signes fondamentaux du dessin.

Voilà une  » idée bascule « , qui fait passer d’un monde dans un autre. De la mécanique produit un signe graphique. Je suppose que d’autres dispositifs devraient générer d’autres signes graphiques, des cercles, droites, etc. En greffant à un endroit particulier de leur structure un crayon, il laisserait sur du papier la trace de  leurs déplacements. On aurait ainsi un instrument à dessiner…

A partir de quoi, je rêve !

J’imagine que je dispose de tous les dispositifs mécaniques qui génèrent les signes fondamentaux du dessin, point, droite, cercle ( et figures dérivées, ovales, etc. ), d’où de nouvelles questions et leurs réponses qui me font basculer dans un monde de recherches nouveau.

 Pour commencer, je considère seulement l’ovale que je sais déjà produire. Comment varier ses dimensions ( réduction, augmentation ), la vitesse à laquelle il est tracé, ses déplacements ?

Il en sera de-même pour les autres signes.

Enfin, je me demande comment associer tous ces signes dans un instrument et comment les déclencher à volonté.

Dès lors, les déductions s’enchaînent automatiquement. Ainsi, mon instrument serait constitué :

– par plusieurs générateurs  mécaniques appropriés à leur fonction,

– un pupitre de commande composé d’interrupteurs actionnant selon mon choix, tel ou tel générateur qui délivre tel ou tel signe,

– et des dispositifs annexes qui modifient la taille des signes produits, la vitesse à laquelle ils sont produits, orientent leurs déplacements……

Finalement, j’imagine que l’instrument fonctionne dans un but graphique comme le fait un piano dans un but musical : A la place des sons, j’ai des signes graphiques,  et à la place d’un clavier qui déclenche les sons j’aurai un pupitre de commandes qui déclenchera la production de droites et autres figures fondamentales du dessin, d’où le nom de  » piano à dessiner « . Je le désigne ainsi dans ses premières formes assez rudimentaires, puis il sera appelé  » Piadess  » dans ses formes plus abouties.

Voici esquissée le principe de fonctionnement mécanique du premier prototype réalisé.

L’instrument comporte 3 parties

1 – Un générateur de signes constitué par

       – Un rayon 0 I  qui tourne autour de 0. Sa longueur est variable. Ainsi, l’ovale tracé par le marqueur E T peut être réduit ou agrandi à volonté.

– Une bielle MN. Ses dimensions variables modifient la forme de l’ovale. Par ailleurs, selon la position de M sur le segment I E l’ovale est plus petit ou plus grand.

– Un traceur ( E T )

2 – Un dispositif de 3 plateaux grâce auquel le support qui enregistre les signes du marqueur se déplace dans toutes les directions ou de façon circulaire. Ainsi le signe est tracé où on le désire sur la feuille.

3 –  Un pupitre avec les commandes :

  •  » Marche-arrêt « , et
  •  » vitesse de rotation de O I  » : définit la vitesse de génération du signe  ( ellipse dessinée ).
  •  » variation de O I  » : définit la dimension de l’ellipse.
  • des commandes pour le déplacement de  chaque plateau coulissant ( A, B ou C ), dans un sens ou dans l’autre, dans un mouvement tournant et à des vitesses variables.

Je réalise ( de bric et de broc ) sur ces bases le premier PIANO A DESSINER

 

 

Constatez qu’à première vue, il n’y a aucun rapport entre cet instrument et les sculptures mobiles qui l’ont inspiré. Constatez aussi que la mécanique très rudimentaire dont je me suis inspiré génère un signe fondamental du dessin. Constatez également les nouvelles possibilités offertes à cet embryon d’instrument lorsqu’on lui greffe M N. Constatez enfin les multiples questions-réponses qui se sont succédées pour réaliser ( avec des moyens très simples ) ce que j’avais imaginé.

A ce stade rudimentaire, il reste d’autres questions à poser et d’autres réponses à trouver. Parce qu’un tel dispositif offre des possibilités graphiques très limitées. Il ne sait pas faire de droites, ni de cercles, encore moins de portion de cercle. Mais il permet de générer facilement, sensuellement et à profusion, un signe fondamental du dessin ( ovale ), de modifier ses dimensions et de le déplacer.

Dessin réalisé avec le premier prototype

hommage à Fantin Latour

La composition est délibérément simplifiée à l’extrême.

De bas en haut :

Cette composition minimale permet de découvrir que la répétition et les modifications                        ( déplacements, dimensions, vitesse ) d’un signe graphique fondamental créent une réalité inconnue, composée d’harmoniques graphiques d’un type nouveau exprimées dans une matière rare, la lumière.

Le dessin travaille la lumière comme la musique travaille les sons.

Voici quelques aperçus de ce nouvel univers visuel.

A considérer plutôt comme des études indispensables pour un premier contact qu’en tant qu’œuvres.

 

Rencontre

Rencontre

 

vers l'Abîme, dessin géométrique créé avec le PIADESS

Vers l’abîme

 

Virevolte

Virevolte

conversation nocturne

conversation nocturne

 

DU PIANO A DESSINER AUX PIADESS  I et II

J’ai donc un projet d’aventure graphique intéressante. Je poursuis mes recherches en essayant d’obtenir les autres signes fondamentaux du dessin. Là, échec ! Pas de réponse à ma question ! D’où nouvelle question : Qui puis-je contacter pour résoudre ce problème ? Et je trouve ! Messieurs Brice FONTAINE ( Ecole Polytechnique de Nice-Sophia Antipolis ), Philippe ROUSSEL et Guy BOUISSOU ( Professeurs au Lycée Bourdelle de Montauban ) s’intéressent au projet. Les lacunes de mon prototype sont comblées

Philippe ROUSSEL crée un logiciel, appelé  PIADESS, qui réalise la totalité des fonctions du cahier des charges du piano à dessiner. Elles sont activées par sélection dans un menu. Un bond de géant est accompli. Sans entrer dans le détail du mode d’emploi du logiciel de Monsieur ROUSSEL, voici, en avant goût de la présentation de ses possibilités ce qu’on obtient avec le tracé partiel d’un ovale.

piadess 6

 

De part et d’autre de  l’étude graphique, le menu de son logiciel qui donne un aperçu des possibilités relatives au travail d’un signe.

Toutefois, malgré l’énorme avancée obtenue avec le logiciel ROUSSEL, il ne pouvait pas me satisfaire complètement ! Les dimensions du dessin sont limitées par la taille de l’écran de l’ordinateur et par celle du papier accepté par une imprimante standard, de l’A4. De plus, la sélection des fonctions est intellectualisée. Par exemple, un signe de RX 420 et RY 250 n’évoque rien de palpable pour moi ! D’accord, avec l’habitude j’arrive à sensualiser le message des nombres. Mais cette transposition me gène dans l’action créatrice. D’où l’idée de rechercher une solution qui associerait les moyens illimités de la solution informatique aux avantages ( sensation et dimensions ) offerts par mon premier prototype. Il faut donc revenir au concret, au sensuel !

Avec mes  » ingénieurs d’élite  » nous définissons le projet d’un nouvel instrument, le PIADESS II. Sa pièce maîtresse est une table traçante qui reçoit du papier de grande dimension, de l’A2. Son traceur est  actionné par le logiciel  » Roussel « ! Il délivrera tous les signes fondamentaux du dessin sur une feuille  »  réelle « . Le rôle de la souris est limité à un choix, au début d’une création. A partir du choix  d’un signe ( droite, courbe, ovale, cercle ), j’agirai sur toutes ses variables ( dimensions, vitesse de tracé, direction de déplacement,  etc. ) avec un Joystick. Adieu la sélection de type informatique ! Comme le disent les jeunes :   » plus sensuel, je meurs  » !

Messieurs FONTAINE, BOUISSOU et ROUSSEL mettent au point ce deuxième prototype

Je disposerai donc bientôt d’un instrument parfaitement accordé aux besoins   » sensuels  » d’un artiste quand il crée, à savoir de l’espace pour les dimensions de la composition, des éléments graphiques en nombre illimité dont je modifierai à volonté les caractéristiques, ….

Et voilà terminée l’histoire d’une aventure esthétique ! Pas mal, hein, le chemin parcouru à partir de l’émotion produite par une sculpture de Tinguely ?

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Vous constatez maintenant que créer, finalement, c’est pas compliqué.

L’émotion et la curiosité sont les deux piliers de la création. Sans oublier, avec ma reconnaissance, l’assistance d’esprit brillants quand de la mécanique et de l’informatique sont en jeu. Merci, messieurs, Roussel, Bouissou et Fontaine !

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Dans le menu ESSAIS, sous-menu ART, sous-sous-menu VOYAGE AU CŒUR DE LA CREATION  je présente d’une autre façon que précédemment le détail de la procédure que j’ai suivie pour basculer de l’esprit des mouvements aléatoires d’une construction autonome qui crée par elle-même dans celui d’une machine conçue pour permettre à un compositeur de créer en choisissant des signes prédéfinis, de jouer sur leurs variables, et de les agencer dans une oeuvre. Ainsi, je me suis échappé  du banal quotidien pour explorer des mondes nouveaux fascinants.

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On me demande parfois d’indiquer mon métier. Ai-je tord de répondre  » Explorateur » ?

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Ici, prochainement, une vue du PIADESS 3. Patience !

En attendant, vous verrez plus loin que j’ai continué à m’aventurer dans d’autres univers plastiques. J’ai exploré les possibilités visuelles  de la sensibilités des nombres. Voir LES TABLEAUX CINETIQUES.

Après, j’ai créé des sculptures statiques construites dans la logique de flux qui jaillissent du sol comme issus d’une nappe de pétrole !